S’évader avec la fantasy : ce n’est pas fuir le réel

9 ans, une table, des dés. Et une consigne : sois qui tu veux. Tout était là. Je n’avais plus qu’à incarner un personnage au sein d’un univers que mon imagination rendait réel. Quelques mots de descriptions et il n’en fallait pas plus pour que je visualise l’instant, la situation et que je le vive. Que d’émotions, quelle excitation, pour un enfant qui se projette face à un dragon.

J’avais connu l’évasion avec la lecture qui me permettait de m’immiscer dans plusieurs personnages et de découvrir d’autres univers. C’était là ma première porte vers un ailleurs.

Lorsque j’ai commencé le jeu de rôles, je ne l’ai pas su tout de suite, mais ce jour-là quelque chose s’est entrouvert. Une seconde porte.

Une porte que je refusais de voir se refermer (bien qu’elle le fût un temps) mais que, au contraire, je voulais ouvrir en encore plus grand. Avec le jeu de rôles, il ne s’agissait plus de s’immiscer mais d’incarner un personnage.

Mais il y en avait une troisième. Une dernière porte qui ouvrait sur tous les possibles et qui fusionnait la lecture et le jeu de rôles : l’écriture.

Écrire c’était incarner autant de personnages que je le souhaitais. Vivre autant d’émotions que je le voulais. Et faire évoluer tout cela au sein d’autant d’univers que mon imagination pouvait générer.

Ce que seul l’imaginaire permet

Toute fiction, toute lecture prend le lecteur par la main pour l’emmener en un ailleurs. En un autre lieu, une autre époque. Mais la fantasy va plus loin. Elle déplace la loi de l’univers en elle-même.

Un roman contemporain reste prisonnier du plausible. Un personnage n’y ressuscite pas, ne perd pas sa mémoire pour la retrouver ailleurs, dans un autre corps, à une autre époque. La fantasy s’affranchit de toute limite et ne demande aucune permission au réel avant de débuter.

Erikson, Martin, Tolkien ont chacun inventé des contrées et des peuplades. Herbert a inventé des planètes. Asimov a inventé des univers et sociétés.

Parfois une fantasy pose des questions qu’un roman réaliste aurait rendues polémiques avant même d’être lu. Car la fantasy permet cela : dire une chose vraie sur nous, en la faisant passer par un monde qui n’existe pas.

Le réel a déjà la propriété d’exister. La fantasy est là pour tout le reste.

Deux manières de s'évader

L’évasion peut être une échappatoire. Nous emporter et faire quitter le réel pour un ailleurs qui n’a plus rien à voir avec lui. On part pour un monde entièrement inventé, sans parfois aucun reste du nôtre. Un monde où on n’a plus à composer avec rien de ce que l’on connaît déjà.

J’aime cette forme d’évasion. Mes lectures en sont emplies. Mais il y a une forme de fantasy qui m’attire encore plus.

Une manière de s’évader qui ne fera pas quitter le réel mais qui viendra le regarder par une dimension qu’il n’a pas. Prendre celles que l’on connaît et qui peuplent tous les récits – les émotions, la mémoire, la perte, l’amitié – et y ajouter une hypothèse qu’aucune science n’a encore confirmée ni infirmée.

Tout reconstruire parfois sur la base d’une image ou d’un « et si » : et si la mémoire n’était pas dans nos esprits, mais captée par ceux-ci ? Et si notre Terre et nos existences n’étaient pas ce que l’on croit ?

Ce n’est pas fuir le réel. C’est le traverser autrement.

Ce que cela change pour un personnage

Sublimer un personnage, ce n’est pas lui donner des pouvoirs. C’est lui donner une situation que le réel ne peut pas offrir, et regarder ce qu’il en fait. C’est le postulat du jeu de rôles, que l’écriture m’a permis de vivre dans une forme qui en est l’apothéose.

Un personnage qui perd la mémoire dans un roman réaliste, c’est une maladie. Le même personnage, dans un monde de fantasy, devient un symptôme ; une hypothèse pour tout réinterpréter, et y compris devenir une question sur l’identité elle-même : qui reste-t-il, si ce qu’il croit avoir vécu n’est pas tout à fait vrai ?

J’ai déjà posé cette question dans ces pages. Elle vient d’ici. De cette conviction que la fantasy ne sert pas à échapper aux vraies questions. Elle sert à les poser sans le filet de sécurité du plausible.

Ce que je vous propose

Je ne cherche pas seulement à vous faire oublier le réel quand vous lisez. Je cherche à ce que vous le quittiez pour vous le faire voir autrement, depuis un endroit où vous n’étiez jamais allé.

S’évader, ce n’est pas fuir le réel. C’est le traverser autrement.

Le tome 1 sort cette année. Si vous voulez être informé avant tout le monde – et recevoir les coulisses de la saga – c’est ici.

Vous pouvez également laisser un message libre ou signaler un dysfonctionnement si vous en avez rencontré un.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut